
La réinsertion après la prison demeure une étape difficile pour un bon nombre d’ex-détenus. L’association “Solidarité Marye Pike” a voulu savoir comment ces derniers vivent-ils leurs vies après des années d’emprisonnement, dans l’édition spéciale d’Anou Marye Pike de ce matin. Quelles sont les issues possibles pour faire en sorte que la transition se passe dans les meilleures conditions possibles ? Alors que le taux de récidive plafonne autour de 70 %, les activistes tirent la sonnette d’alarme. Dominique Chan Low, Prevention and Policy Lead au sein de l’ONG “Kinouété” a accepté de témoigner. À savoir qu’il fait partie de ceux qui pensent que les ex-détenus ont droit à une deuxième chance. La vie après la prison, est-il possible ? Dominique Chan Low, lui, en est convaincu.
L’ONG “Kinouété”, fondée en 2001 par Sophie de Robillard, agit comme une passerelle qui milite en faveur des droits des ex-détenus. Réhabilitation et réinsertion sociale sont les fondements mêmes de leurs vocations. Un travail de longue haleine, effectué en concertation avec plusieurs parties concernées ; telles que des psychologues, des conseillers et d’autres travailleurs sociaux. L’équipe, composée de 21 personnes, abat au quotidien un travail colossal. Ils sont, ainsi, déployés à travers 10 centres pénitentiaires autour de l’île. Des actions qui sont menées de manière à faire avancer les mœurs de notre société, favorisant ainsi l’intégration sociale.
Les axes d’intervention de l’ONG “Kinouété” s’étendent bien au-delà des murs des prisons. Selon Dominique Chan Low, le suivi social se fait en prison, mais également en-dehors des centres pénitentiaires. Des sessions de prévention sur la santé et sur les maladies telles que le VIH, l’Hépatite ou la Tuberculose, sont également dispensés. L’association dispose de trois axes diffèrents, soient à travers son dispositif de Psycological Support Unit, le Social Support Unit et d’une cellule en charge de la prévention et des plaidoyers.
Ces derniers œuvrent en amont avec le personnel carcéral pour aider au mieux les ex-détenus, pour réinsérer la société et diminuer le taux de récidives. À décembre 2022, la population carcérale tournait autour de 2500 détenus par mois, parmi 161 femmes. Desquelles près de la moitié sont des étrangères, écrouées pour des délits d’importation de drogue sur le territoire mauricien. Un chiffre qui gravite autour de 4 000 chaque année. Pour Dominique Chan Low, les cas de récidive sont souvent associés à des personnes qui écopent des peines minimes. Un rajeunissement des prisonniers a, également, été noté. Pour lui, les jeunes sont, de plus en plus, en proie aux tentations. Ces derniers ont tendance à être condamnés pour des délits de drogue. Ce qui, à vrai dire, est la première des causes des récidives. La plupart de ces jeunes n’ont pas, hélas, fini l’école et sortent de milieux précaires.
S’agissant des conditions qui régissent la radiation des charges sur le certificat de moralité accordée aux détenus, après leurs condamnations, il revient au “Prerogative of Mercy”, sous l’égide du président de la République, pour invoquer la radiation des cas sur des casiers judiciaires. Une décision qui revient à un ancien chef juge ou magistrat. À savoir que l’état dépense, chaque année, plus d’un demi-milliard de roupies pour la nourriture, la maintenance des prisons et des salaires du personnel carcéral. Ce qui équivaut à une somme de Rs 1 000 pour chaque détenu par jour. Pour conclure, Dominique Chan Low dira que tout le monde a un rôle à jouer dans la réinsertion sociale d’un ex-détenu et que chaque individu a droit à une deuxième chance.