
Existe-t-il un plan pour protéger les petits planteurs des vols incessants dans leur « karo legume » ? Faut croire que non si on s’en tient aux propos de Kreepalloo Sunghoon, le porte-parole de la Small Planters Association (SPA). En effet, visiblement très en colère avec ce qui se passe dans les champs de légumes ces dernières années, surtout depuis l’arrivée de la Covid-19 et les confinements successifs où le nombre des cas de vols a connu une augmentation conséquente.
Selon Kreepalloo Sunghoon, qui est intervenu dans notre émission de ce matin, si durant la saison 2017-2018, le taux des vols de légumes était à 17 % ; par contre aujourd’hui, dit-il, les petits producteurs de légumes subissent des vols de l’ordre de 25 % de leur production. « Des fois ceux qui ne savent pas, ne peuvent pas mesurer le niveau des dégâts, tant sur le plan financier, structurel et physique, que ces vols causent sur cette industrie et les planteurs en général », explique-t-il.
En effet, pour le porte-parole de la SPA, beaucoup de « karo légume » ont été abandonnés, car les planteurs sont ni plus ni moins découragés. C’est pour cette raison que l’on note une baisse conséquente dans la production de légumes. « C’est aujourd’hui une situation inacceptable, d’autant que nous avons l’impression que les lois et les technologies jouent en la faveur des voleurs ; qui sont plus à même de commettre leur forfait avec plus de facilité, en bande organisée, tandis que la police et les autorités ne réagissent pas face à la détresse des petits planteurs », a avancé notre interlocuteur.
Pourtant, soutien Kreepalloo Sunghoon, il n’existe aucune raison pour que les Mauriciens achètent des légumes étrangers aussi chers. « Nous avons une production locale qui n’est ni encouragée ni protégée, car la loi n’est pas appliquée dans toute sa vigueur, alors qu’il n’existe aucun suivi sur les cas de vol qui sont dénoncés par les planteurs », a rappelé Kreepalloo Sunghoon.
Selon ce dernier, le vol des légumes est devenu une industrie à Maurice, car d’une part, c’est fait en bande organisée. Il y a aussi, selon Kreepalloo Sunghoon, des complices bien placés qui peuvent facilement revendre tranquillement les légumes volés. « Un voleur de légumes ne revend jamais au détail. Ils doivent avoir des complices dans les réseaux de grandes distributions. C’est déplorable que des personnes qui sont payées pour faire appliquer la loi, comme les inspecteurs des marchés, des foires ou des grandes surfaces ne fassent pas leurs travails », avance-t-il.
Pour Kreepalloo Sunghoon le seul moyen de régler cette question de vols insoutenables dans les champs de légumes, c’est de frapper à la base. C’est-à-dire toucher ceux qui remettent ces produits volés dans le circuit de la distribution. Le porte-parole de la SPA déplore d’absence d’une volonté politique pour résoudre ce problème, car dit-il, depuis une année une lettre pour une demande de rendez-vous a été envoyé au ministre de l’Agro-industrie, mais sans aucune réponse à ce jour. « Si le décideur ne décide pas nous n’irons pas bien loin », a rappelé Kreepalloo Sunghoon.
Ce dernier déplore aussi le fait que l’agro-industrie fait face à un sérieux problème, notamment à une production en baisse et la disparition de certains légumes typiquement mauriciens. Kreepalloo Sunghoon parle de la disparition de petit piment mauricien, du ‘bringel’ farci et d’oignons toupie. Cela est dû au fait que leurs semences n’ont pas été conservées. Alors qu’au niveau des fertilisants, Kreepalloo Sunghoon dit avoir aussi tiré la sonnette d’alarme sur le fait que certains pays producteurs ne sont plus en mesure de continuer leurs productions.
« La production et la conservation des semences des légumes adaptés à notre climat, tout comme la production d’un type de fertilisant ; sont des industries à développer à Maurice. Mais elle n’est ni encouragée, ni accordée des facilités. Je persiste à croire que nous n’aurons jamais dû payer des légumes aussi chers, venant de l’étranger alors que nous en savons rien sur la qualité de ces légumes», avance Kreepalloo Sunghoon.
Pour ce dernier, le gouvernement ne semble pas faire grand cas des conséquences d’une baisse dans la production des légumes à Maurice.