«Un matin je me lève et ma vie bascule…»

C’est un combat de tous les instants, qui ne laisse guère de répit aux patients et à leurs proches. A l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, Mazavaroo leur donne la parole. Témoignages.

Que feriez-vous si votre vie basculait du jour au lendemain ? A l’occasion de la Journée mondiale contre le cancer, ce jeudi 4 février, Mazavaroo est parti à la rencontre des médecins, volontaires et bénéficiaires de l’association Solidarite Marye Pike (SMP), afin de mettre en lumière leur vécue face à cette maladie.

Sandrine, 38 ans, a subi une opération il y a un an. Et si elle a bien un message à faire passer, c’est que nul n’est à l’abri du cancer. Elle affirme qu’elle était en bonne santé quand on lui a diagnostiqué un cancer du sein. «Un matin je me lève et ma vie bascule…» Ce drame la force à mûrir. Au lieu de céder au désespoir, elle décide de sourire à la vie. Pour ses proches. «Je savais que je n’avais pas beaucoup de temps à vivre, je savais que ça allait être rapide, j’ai un peu vécu comme si c’était une course contre la montre, il fallait que je sourie à la vie.»

Sandrine explique avoir voulu montrer à sa famille qu’elle était forte. «Le plus compliqué, c’est de voir les personnes que l’on aime le plus pleurer à son chevet, de voir leur angoisse, d’imaginer tout ce qui leur traverse l’esprit», confie-t-elle.

Dans ce combat, si Sandrine a pu compter sur ses proches, elle a également trouvé en l’association SMP un soutien de taille. «SMP se enn gran soutien. Zot inn la a sak eprev kouma mo bann fami inn la. Le fait ki zot vinn rann mwa enn vizit, se enn kado ki bondie inn donn mwa. Enn dimounn ki ena cancer bizin soutien moral», fait-elle comprendre.

Christiane, 58 ans, se bat elle aussi contre le cancer. Et elle l’avoue volontiers ; «c’est dur». Elle n’est aujourd’hui plus que l’ombre d’elle-même. L’hôpital est devenu sa deuxième maison. «Je suis vite essoufflée. Quand les gens nous voient, ils voient la maladie et pas la personne qui est derrière…» lance-t-elle avec souffrance.

La quinquagénaire est de nature très indépendante et ce cancer, elle aurait voulu pouvoir l’affronter seule. «Je ne veux pas que les autres s’inquiètent pour moi. Je ne veux pas mêler ceux que j’aime à ma souffrance.» Elle concède toutefois que «c’est impossible». Face au cancer et à la chimio, elle s’accroche, provoquant l’admiration de sa fille, Laura : «Elle est une battante et j’admire son courage… Souvent on s’effondre, on perd confiance, rien de tel chez elle, elle fait face et je l’admire beaucoup.» Le cancer, poursuit-elle, est une maladie qui affecte toute la famille, et pas seulement le patient. C’est pourquoi, insiste Laura, le soutien moral est des plus importants. «Une visite de courtoisie fait toujours du bien. L’association SMP a toujours été une aide de plus pour nous car je m’occupe seule de maman et ce n’est pas facile. Le fait d’avoir une oreille et des épaules sur lesquelles compter, c’est vraiment beaucoup. Surtout avec les visites des membres de l’association SMP», avance-t-elle.

Quand les médecins de la SMP «font la différence» Prêter une oreille amie aux inquiétudes des patients et de leurs proches, être une épaule sur laquelle compter… Il s’agit là de quelques-uns des objectifs des médecins et bénévoles de l’association SMP. Tous veulent aider concrètement dans la lutte contre le cancer.

Dr Roma Dewan

«Les patients souffrant du cancer suivent déjà un traitement à l’hôpital. Nous leur apportons un soutien additionnel», indique le Dr Roma Dewan. Les médecins de l’association font de leur mieux pour soulager les patients. «On leur donne des fortifiants, des couches et du soutien moral. Personnellement, lorsque je consulte un patient cancéreux, j’essaie de faire la différence dans sa vie, c’est cette petite attention qui change tout.» En raison de la misère et faute d’argent, les bénéficiaires n’ont pas les moyens de s’offrir des médicaments. «Nous sommes là pour subvenir à leurs besoins médicaux afin de les soulager», partaget-elle.

Dr Mariam Nabeebux

Cela fait plus de quatre ans que le Dr Mariam Nabeebux consulte les patients atteints du cancer. «C’est assez pénible car ces personnes sont fragiles et sensibles. Leur vie a changé brusquement. On doit être plus doux envers elles et essayer de se mettre dans leur peau. Nous sommes là pour les réconforter», soutient-elle. La doctoresse cite en particulier les femmes opérées d’un cancer du sein. «C’est encore plus dur, car c’est leur féminité qui est touchée.» Selon le Dr Mariam Nabeebux, «notre but est de leur redonner la joie de vivre, de les soulager et de leur donner cette lueur d’espoir».

Dr Nadia Ancharuz

«Nous sommes plutôt comme un soutien psychologique. Le cancer, ce n’est pas la fin. La communication est très importante pour le patient. Il est sensible, incompris, frustré et surtout accablé. On doit savoir trouver les mots justes pour communiquer avec lui. On vit la maladie avec lui, ce sont des liens qui se tissent entre le patient et nous», dit-elle.

Dr Sarah Chattaroo

«Le patient est le seul à comprendre sa souffrance. On peut essayer de la comprendre uniquement à travers ses mots. Nous faisons de notre mieux pour l’apaiser», raconte le Dr Sarah Chattaroo. Ce qui lui donne du courage, dit-elle, c’est de voir «les patients [qui] essaient tant bien que mal de sourire malgré les épreuves». Elle en est persuadée : «Le cancer n’est pas la fin. Avec l’avancement de la technologie, plusieurs patients trouvent le chemin de la guérison.»

Dr Gessan Balloo

«En tant que médecin, nous faisons de notre mieux pour alléger leur souffrance. Humainement, la souffrance que cause le cancer n’est pas une chose facile», fait-il comprendre.

Paroles de volontaires de la SMP

Ornella Malgache

«L’attachement émerge au fil du temps avec mes bénéficiaires. Le cancer est une maladie dévastatrice. On voit la vie défiler devant nous. Aujourd’hui on est en bonne santé et demain la vie bascule. En tant que travailleuse sociale, la patience et le courage sont les éléments clés pour pouvoir comprendre les malades. Je m’occupe d’eux comme s’ils étaient des membres de ma famille.»

Fallone Lecerf, volontaire

«Mo koz ar zot, mo tenir zot konpani, mo fer lekout. Vi ki mo granmer inn desede swit a enn cancer, mo kone kouma pou pran swin enn malad, parski mo konn sa soufrans-la.»

Ansila Boncoeur

«Il y a beaucoup de liens qui se tissent. Les bénéficiaires aiment lorsque nous leur rendons visite. Ils sont très courageux et grâce à leur héroïsme, nous donnons tout l’amour que nous pouvons et il n’y aucune raison de se plaindre car nous avons la chance d’être en bonne santé. Ils ne baissent pas les bras car ils ont réalisé la valeur de la vie.»

Lynemay Touche

«C’est une épreuve vraiment difficile et très douloureuse, pour les patients ainsi que nous, les membres de la SMP. Se pa enn ti soufrans ki zot sarye. Konba-la li dir, nou fer nou mie posib pou soutenir zot. Se enn bel komba.»

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